Penser la Russie

La Russie ne laisse pas partir ses enfants

by mariakhachaturyan

(c) BG.ru

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La « loi de Dima Yakovlev » votée en décembre 2012 a interdit l’adoption des enfants russes par les citoyens américains. Cette « loi des connards », comme l’appellent ses détracteurs, a été la première réponse russe aux sanctions américaines. Cette loi, parmi tant d’autres, a divisé la société russe. La Russie a-t-elle besoin de l’adoption à l’étranger ?

NON: ce n’est un commerce des enfants

Aucun pays de l’Europe occidentale, aucun pays qui se respecte tout court – même ceux qui ne jouissent pas du niveau de bien-être matériel de l’Europe occidentale ou des États-Unis – ne tolérerait de voir qu’on fasse du commerce à la chaîne de ses propres enfants comme cela se passe en Russie, a martelé l’archiprêtre Vsévolod Tchapline, haut fonctionnaire du Patriarcat de Moscou (Interfax-religion, 18 janvier 2013). A lire dans le dossier le reportage sur ce commerce à la chaîne diffusé sur la Première chaîne de télévision le jour de l’adoption de la loi: « Aujourd’hui dans l’internat, demain vendu sur Internet ».

OUI: 120 mille enfants restent dans les orphelinats où les conditions sont atroces 

Liudmila Petronovskaya, psychologue: Ces derniers jours on nous a répété pas moins d’une centaine de fois que soi-disant « les pays qui se respectent ne tolèrent pas de voir ses enfants se faire adopter à l’étranger ». On cite l’exemple des pays développés de l’Europe. Oui, en effet, beaucoup de ces pays ont interdit l’adoption à l’étranger. Mais il y a un hic. Les « pays qui se respectent » n’ont pas 120 mille enfants sous la tutelle publique. N’ont pas d’établissements pour 200 à 400 personnes où les enfants vivent derrière une cloison hermétique, sans aucune protection ni aide extérieure, souffrant la solitude, la violence et un non-respect total de leur intimité.

Est-ce que vous pouvez imaginer, dans un « pays qui se respecte », un établissement pour enfants où ceux-ci se partagent une seule culotte pour tout le groupe, et où aucune porte de WC ne peut être fermée ? Un établissement pour enfants où ceux-ci sont privés de promenades des mois durant parce que le personnel n’a ni la force ni la motivation pour les habiller et déshabiller ? Un établissement pour enfants où il n’est pas de dessins accrochés aux murs, pas de peluches dans les lits, pas de chien ni un chat dehors, le tout parce que cela est formellement interdit par le tout-puissant observatoire sanitaire et épidémiologique ? Des enfants ne recevant de traitement médical dont dépendra toute leur vie à venir, par exemple leur aptitude à marcher ou parler. Lequel traitement ne leur est pas administré pour la seule et unique raison que l’établissement n’a pas que cela à faire – et puis à quoi bon en formuler la demande ? Des commissions [ponctuelles de médecins spécialistes – ndt] capables de fabriquer en moins d’une demi-heure le diagnostic « handicap mental » dont l’enfant ne pourra jamais se défaire de son vivant, fût-il un enfant prodige, et dont absolument personne ne sera tenu responsable ? Est-ce que vous pouvez imaginer la tendance à déclarer tous – sans exception – les ressortissants des centres d’éducation spécialisée d’invalides, de mentalement handicapés et donc, par conséquent, les priver du droit au logement social et les vouer non pas à vivre mais à mener une misérable existence végétative en s’éteignant lentement dans un asile psycho-neurologique, entourés de petits vieux déments ? La tendance à faire subir des avortement forcés aux jeunes filles d’internat qui, par mégarde, tombent enceintes ? Vous ne pouvez donc pas ? Eh bien moi non plus je ne peux pas (Bolchoï gorod. 11 janvier 2013).

Dans son article « Une histoire courte de la fin du monde », publié ici,  la journaliste Véra Chenguelia, qui a elle-même adopté une fille, raconte l’évolution du système de l’adoption en Russie.

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Deux justices des mineurs en Russie

by mariakhachaturyan

Colonie pénitentiaire de garçons, Russie, (с) Serguey Ilnitskiy

Il y a des systèmes de justice des mineurs dans le monde entier, parce qu’il est évident qu’un adolescent et un adulte ne sont pas la même chose. L’effort pour développer un système de justice des mineurs, autrement dit de justice juvénile, se confronte en Russie à une résistance de la part de la société. En réalité, le problème émane en grande partie d’une confusion terminologique : les opposants et les défenseurs de ce système parlent de choses différentes.

La Russie a-t-elle besoin d’une justice juvénile ? 

NON, car ce n’est qu’une technique provenant de l’Occident pour arracher les enfants à leurs parents

Les détracteurs de la justice juvénile y voient un système de contrôle social de la famille dans laquelle grandit l’enfant, notamment lorsqu’il est question de violence domestique et de problèmes d’éducation.  Les autorités de tutelle sont, dans ce cas, contraintes d’intervenir et, dans le pire des cas, de retirer l’enfant à sa famille pour le placer dans des orphelinats et familles d’accueil. L’«introduction» de la justice juvénile est donc traduite en termes de renforcement du contrôle de la vie familiale par les autorités de tutelle. « Penser la Russie » publie les opinions des opposants qui mettent précisément l’accent sur ce dernier aspect de la justice des mineurs.

OUI, car elle permettra d’atténuer le problème de la délinquance juvénile

Les défenseurs de la justice juvénile la comprennent quant à eux en terme de système juridique ayant pour sujet le mineur. L’«introduction» de la justice juvénile, comprise de cette manière, implique une réforme de la procédure juridictionnelle et la prise en compte des « technologies juvéniles », c’est-à-dire l’application des normes du droit international relatif aux mineurs. Nous publions un extrait de l’article de Bolchoï gorod (Grande ville) consacré à un délinquant mineur, qui a pu éviter la colonie pénitentiaire grâce à ces « technologies juvéniles ».

Dans la partie Extras, nous présentons également les données statistiques sur l’activité des premiers tribunaux de justice juvénile, créés en 2001 dans l’oblast de Rostov.

LIRE SUR CE SUJET: article de Kathy Rousselet, Sciences-Po, « De la réforme de la justice des mineurs dans la société russe contemporaine au conflit de civilisations« .

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La Russie résiste à l’impérialisme atlantique

by mariakhachaturyan

Notre réponse à Chamberlain, URSS, 1927

La Russie a redessiné la carte de l’Europe en annexant la Crimée. Certains n’y voient que de l’agressivité pure et dure (avec des nuances comme vengeance d’un tyran corrompuretour à l’URSS, une réincarnation d’ Hitler). Cependant, pour d’autres il s’y cache un jeu de forces mondiales, toujours dans un esprit de guerre froide. La Russie d’aujourd’hui arrivera-t-elle à contrebalancer l’Occident ?

OUI, la Russie et l’Occident rediviseront enfin le monde (en commençant par l’Ukraine)

Pour Fiodor Loukyanov, rédacteur en chef du journal La Russie dans la politique mondiale les derniers événements en Ukraine s ne sont qu’une conséquence logique d’un ensemble d’échecs successifs depuis 25 ans. Il s’agit des tensions apparues dans la foulée de la sortie de la « guerre froide » sans pour autant qu’un quelconque « acte de paix » soit établi. Poutine a essayé en vain de conclure ce « grand pacte » avec l’Occident qui pourtant  joue le vainqueur et refuse de coopérer. Un congrès international sur la question ukrainienne épuisera finalement le conflit.

NON, on ne contrebalance pas le bloc rival avec des canons et de l’argent (il faut trouver une voie à la fois européenne et anti-occidentale)

Sur le site « Open Left » (la gauche ouverte) les partisans du Mouvement socialiste russe qualifient les actualités en Crimée comme des jeux impérialistes des Russes. En critiquant la politique néolibérale capitaliste ils estiment nécessaire pour la Russie de s’opposer à l’expansion de l’OTAN à l’Est et créer une force altérnative, mais ce n’est pas l’argent et les canons qui doivent constituer le moyen de séduction pour faire adhérer à son camp mais des réformes progressistes. Son bloc aujourd’hui n’est qu’une alliance d’autocrates opportunistes.

Lire également nos deux autres dossiers sur l’Ukraine.

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Ce que les nationalistes russes pensent de la Crimée

by mariakhachaturyan

imperialistes

(Source image: une collection d’histoires drôles sur le thème du conflit Russie-Ukraine. Cliquez sur l’image pour les découvrir sur UDF.by)

La Crimée est annexée à la Russie. Les nationalistes ukrainiens font rage, et leurs homologues russes, sont-ils contents ? Penser la Russie publie les points de vue de Spoutnik et Pogrom, blog ultranationaliste, et Alexeï Navalny, un des leaders de l’opposition russe.

OUI, les Russes en Ukraine doivent se tourner vers la Russie

Spoutnik et Pogrom, un blog ultranationaliste, est clairement satisfait, mais son positionnement est ambigu. D’un côté, il félicite le Secteur de droite, les nationalistes du Maïdan, d’avoir changé le cours de l’histoire de l’Ukraine et déplorent que cette audace manque à leurs homologues russes. En même temps, en s’adressant aux Russes de l’Ukraine, ils rappellent que l’Histoire de Maïdan sera toujours l’histoire du nationalisme ukrainien. Or, l’Ukraine « est profondément périphérique à l’Europe », il vaut mieux se tourner vers la Russie et créer un maillage d’organisations nationalistes russes à travers le pays afin de reprendre le leadership politique. Finalement, malgré son attitude critique envers Vladimir Poutine, S&P salue sa décision d’intervenir militairement en Ukraine afin de permettre aux  Russes de l’Ukraine de décider de leur sort sans pression du « Secteur de droite » qui est subitement devenu une bande de « francs-tireurs ».

NON, l’impérialisme est mal, les ukrainiens sont nos frères

Alexeï Navalny, libéral-nationaliste, un des leaders de l’opposition russe, est contre la politique de Poutine en Crimée. Tout d’abord, il écarte la dimension nationaliste de la révolution ukrainienne : pour lui, c’est le peuple ukrainien qui s’est soulevé contre les escrocs et les voleurs au pouvoir. La réaction de Poutine n’a rien à voir avec la défense des intérêts des Russes en Crimée : Maïdan est une menace pour Poutine qui s’en venge en Crimée. L’annexion de la Crimée n’aura que des résultats néfastes pour la Russie. L’Ukraine elle aussi devrait laisser tomber cette affaire. Pour les deux pays il vaut mieux se concentrer sur la construction d’un État européen.

(Lire sur Spoutnik et Pogrom Alexeï Navalny dans la rubrique Zooms en bas du texte)

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L’oppression des minorités sexuelles (dossier Sotchi, partie 2)

by kirisakow

Source: NTV.ru

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Il se trouve que les JO de Sotchi sont fortement associés avec les droits des homosexuels – du moins, de tous les maux qui existent aujourd’hui en Russie, c’est celui-là qui a été choisi pour servir de prétexte principal pour la campagne de boycott. Après avoir fait le tour des horreurs du chantier olympique dans la première partie du dossier sur les JO, Penser la Russie revient à Sotchi pour éclairer les débats qui ont actuellement cours en Russie autour de ladite « orientation sexuelle non traditionnelle ». Même si on en parle beaucoup plus à l’étranger qu’en Russie même.

Nous commençons par un rappel concernant la loi pénalisant la « propagande homosexuelle », adoptée en 2013 qui a fait tant de bruit. En Russie où les gay-prides sont interdites en fait (des tentatives d’organiser une marche de la gay pride à Moscou se succèdent depuis 2006. Jusqu’ici, toutes les demandes d’autorisation déposées à la mairie se sont soldées par un rejet que la mairie justifie par le « souci de la morale publique et de la sécurité des manifestants eux-mêmes »), la « propagande homosexuelle a [toutefois] pris, aujourd’hui en Russie, une grande ampleur [et] est diffusée (…) par de fréquentes manifestations publiques présentant l’homosexualité comme une norme de comportement », ainsi que nous apprend la notice explicative au projet de loi, et que l’objectif de la loi est de défendre les enfants contre les informations dites « nuisibles ».

Pour les porte-paroles LGBT, comme Nicolaï Alexeev, leader du mouvement GayRussia, les créateurs de la loi contre la propagande homosexuelle « n’ont que faire des enfants ». Ils ne cherchent qu’à rétablir une dictature – si, il y a un temps, c’était une dictature de gauche, maintenant ce sera une dictature de droite. C’est pourquoi la loi en quesiton paraît insuffisante à certains défenseurs de la seule véritable « norme de comportement » et des valeurs traditionnelles, comme Ivan Okhlobystine, star du cinéma et ex-prêtre orthodoxe, qui a écrit une lettre ouverte à Vladimir Poutine demandant « de faciliter un retour rapide au Code pénal de la Fédération de Russie (…) de l’article punissant la ‘pédérastie’ » (L’article 121 du Code pénal, introduit en 1934 et retiré en 1993, prévoyait une responsabilité pénale pour des « rapports sexuels d’un homme avec un autre homme » jusqu’à cinq ans de prison ferme et huit ans en cas de « lourds éléments à charge »).

Les droits des homosexuels étant au centre des débats au niveau international, le Ministère des affaires étrangers russe publie en 2013 un rapport sur les droits de l’homme en Europe où il constate que « [d]es tentatives sont faites pour forcer d’autres pays à accepter l’homosexualité et le mariage pour tous qui leur sont étrangers comme une norme de vie et un phénomène social naturel digne d’un soutien au niveau de l’État ». Alexandre Baounov dans son article « La souveraineté sexuelle de la mère patrie, la nouvelle doctrine de la politique étrangère russe » voit une sorte de  « messianisme diplomatique » ou la volonté de défendre les valeurs traditionnelles contre la politique (européenne notamment) imposant l’égalité des droits. Et l’auteur d’expliquer que la dictature à l’intérieur de la Russie constitue un prix à payer pour assurer la protection du cul [sic] des citoyens contre l’agression de l’Occident. Cependant, tôt ou tard, selon Baounov, les citoyens apprendront que « leur sacrifice n’a servi à rien : leur cul n’a jamais été menacé par qui que ce soit ». Lire la suite »

La politique sociale en Russie, partie 2 sur 2

by kirisakow

(с) Dmitry Ryzhov

Source : 500px.com

La Russie est gravement affectée par le taux de natalité infantile très bas. Pour favoriser la natalité, plusieurs allocations de maternité sont prévues. Ces allocations sont relativement généreuses – les allocations mensuelles pour le deuxième enfant s’élèvent jusqu’à 70% du minimum vital d’un enfant (pour le minimum vital, voir partie 1 du dossier). Parmi les incitations susceptibles de favoriser l’accroissement du taux de natalité, l’allocation dite « capital maternité » en est sans doute la plus forte. Si en 2013, pour la première fois dans l’histoire de la Russie post-soviétique, les statistiques indiquent à un accroissement de la population, celui-ci est directement associé à l’efficacité du capital maternité. Nous y consacrons le premier article de cette seconde partie du dossier.

Même si la natalité augmente, la famille nombreuse et la pauvreté sont, en Russie, presque synonymes, lit-on dans le rapport « Pauvreté et inégalité en Russie aujourd’hui : 10 ans plus tard ». Environ 50% des familles ayant trois enfants et plus sont en situation de précarité en termes de revenu.  Ce visage de la pauvreté parmi d’autres est analysé dans l’article « Splendides misérables » paru dans le journal Kommersant dont nous publions un résumé synthétique.

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Sotchi, 1ère partie

by julialapkasse

À l’approche des Jeux Olympiques, Penser la Russie publie un dossier consacré à l’événement le plus chaud de cet hiver. Le dossier s’ouvre par sur un reportage d’Éléna Ratcheva du journal Novaya Gazéta. Publié il y a un mois il contient des détails précieux sur le déroulement du chantier olympique: ouvriers impayés, chasse aux immigrés, les travaux contraints des «bénévoles» et… manque de main d’œuvre.

Nous publions également une interview de Vladimir Poutine qui témoigne de l’image contraire à la réalité du déroulement des travaux préparatifs . Le président russe souligne que dans le succès des préparations des JO de Sotchi réside la réussite du pays dans son entier. Ceux qui osent en douter, comme le démontre un échange sur Twitter, sont de suite condamnés : selon un fonctionnaire « patriote », «l’Empire » ne serait qu’ « un son creux » pour ces personnages. Cependant, ces « Saint-Thomas qui ne croient que ce qu’ils voient » sont assez nombreux et nous le vérifions par les résultats du sondage publiés sur le site officiel des Jeux Olympiques de Sotchi. 38,37% de sondés répondent positivement à la question « Attendez-vous le début des Jeux Olympiques ? » alors que  69,24% cochent la case  « autres réponses» – ce qui fait au total 107,61% (sic !).

L’idée d’un boycott paraît malgré́  tout assez peu séduisante en Russie. L’écrivain Stanislav Lvovski se prononce en sa faveur, tout en mettant en doute que le boycott aura réellement lieu : il est toutefois nécessaire « parce qu’il permet de faire savoir à des millions de gens à quoi ressemble la Russie de Poutine en réalité ». Bien d’autres russes sont beaucoup plus réticents, et notamment l’ex-prisonnier politique Mikhaïl Khodorkovsky : pour lui, les Jeux sont une fête pour des millions des gens, et il ne faut surtout pas la gâcher.

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La politique sociale en Russie, partie 1 sur 2

by julialapkasse

La Constitution russe de 1993 proclame solennellement que la Russie est un État social. Le présent dossier montre comment la politique sociale de l’État russe est effectivement conduite.

Dans cette première partie du dossier nous publions une synthèse de l’article « La Russie, un État on ne peut plus social ! » de Ilya Matveev, universitaire et militant de gauche (un spécimen rare dans cet État soi-disant social. L’article propose un résumé plutôt triste de la situation des droits des travailleurs. On y apprend également l’existence d’une « absurdité économique » qui réside dans le fait que le salaire minimal garanti par l’État est inférieur au revenu minimum de subsistance alors qu’il faut relativement peu de moyens pour les mettre au même niveau.

En creusant davantage la question du revenu minimum de subsistance, nous avons fait notre propre estimation pour comprendre comment cette somme permet effectivement de subsister. En effet, le revenu minimum de subsistance est censé subvenir à plus ou moins tous les besoins essentiels mais sans prendre en compte la qualité et la diversité des biens. De manière générale, le revenu minimum de subsistance et le salaire minimal sont difficilement comparables avec, respectivement, le RSA et le SMIC en France.

Étant donné que la question du social a pris une place très importante dans le discours officiel, nous avons également tenté de comprendre dans quelle mesure l’image du gouvernement — qui s’efforce d’appliquer le discours de l’État social — serait conforme au fruit de son travail. Dans le texte « Des paroles et des actes » nous abordons la tournure et les apparences qu’ont prises certaines déclarations de Vladimir Poutine sur les réformes sociales récemment entrées en vigueur.

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L’Euromaïdan vu de la Russie

by julialapkasse

« Bal populaire à Kiev » dans le métro de Moscou

Depuis le 29 novembre, jour où le président ukrainien Viktor Ianoukovitch s’est abstenu d’adhérer au Partenariat oriental de l’EU lors du sommet à Vilnius, l’Ukraine grogne. Une marée humaine pro-européenne a inondé Kiev. L’avis de la Russie dans cette affaire ne se limite pas à ce qu’impose ou n’impose pas Poutine. Les Russes qui suivent les images de ce qui se passe à Kiev ne peuvent pas s’empêcher de comparer l’échec du mouvement protestataire massif de fin 2011 – début 2012 en Russie avec la réussite manifeste de l’Euromaïdan. Et cette réussite inquiète le pouvoir russe.

Dans la lutte acharnée contre la Russie qui « achète » l’Ukraine, la sympathie des Russes à l’égard de leurs voisins révolutionnaires ne va pas de soi. Pour rappeler que Poutine n’est pas toute la Russie et marquer formellement une rupture avec la politique de la force et de la manipulation, des écrivains russes rédigent une lettre de soutien à la protestation ukrainienne où ils disent faire partie de la même civilisation européenne, partager la même indignation et lutter pour la même cause. Penser la Russie publie la traduction de cette lettre. Nous publions également la traduction d’un article du journaliste Oleg Kachine, « Comment manipuler Vladimir Poutine », qui montre comment les affrontements entre la police et les manifestants à Kiev peuvent contribuer au durcissement du régime poutinien et notamment affecter le projet d’amnistie prévu pour le 20e anniversaire de la Constitution russe. Son pronostic sur l’amnistie ne s’est pas réalisé, mais nous verrons si l’avenir proche lui donnera raison. Une première réaction à l’Euromaïdan ne s’est pas fait attendre longtemps : le 17 décembre la Douma a adopté en première lecture la loi qui prévoit de bloquer des sites web à la demande du Parquet, et notamment ceux qui appellent à rejoindre des rassemblements non-autorisés.

Comment le pouvoir russe souhaiterait-il que les événements à Kiev soient perçus par la population ? Les reportages du journal télévisé de la principale chaîne d’information, 1tv, donnent une réponse claire : les manifestants sont peu nombreux, sont tous des extrêmistes ultranationalistes et financés par les États-Unis.

Les revendications de l’Euromaïdan, l’éventualité d’une association avec l’UE et de la création d’une zone de libre-échange ont profondément divisé le pays. Pour mieux le comprendre, nous publions les résultats d’un sondage d’opinion effectué du 4 au 9 décembre 2013. Si les Ukrainiens trouvent les conditions de signature d’un tel accord peu favorables à leur pays, ils n’abandonnent pas pour autant l’espoir de négociations plus avantageuses avec leurs voisins occidentaux par la suite.

Nous publions enfin la traduction d’un article de fond du journaliste Vladimir Fédorine « Pourquoi Ianoukovitch a échoué » qui analyse les facteurs qui ont motivé les Ukrainiens à descendre dans la rue. Ce ne serait pas l’espoir d’une vie meilleure et une augmentation des salaires mais, selon le journaliste, l’espoir de voir la lumière au bout du tunnel. Une lumière que le régime de Ianoukovitch, de plus en plus populiste et de plus en plus corrompu, s’efforcerait à obstruer en douce.

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La Russie des pogroms

by mariakhachaturyan

La fontaine de l'Amitié entre les peuples à Moscou. (c) Evgeni Tchesnokov

La fontaine de l’Amitié entre les peuples à Moscou. (c) Evgeni Tchesnokov

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​Une sélection d’articles de presse russe relatifs à l’essor des tendances nationalistes dans le pays

Le meurtre d’un jeune Russe, commis en octobre 2013 à Biriouliovo, un quartier polulaire de Moscou, et attribué à un homme au « faciès non-slave », a déclenché d’abord une vague de mécontentement des riverains, puis de véritables pogroms. Sova, une ONG de lutte contre la discrimination reporte une croissance du nombre de crimes de haine : 20 personnes blessées en octobre, 25 en novembre et 3 personnes tuées, contre 168 personnes blessées et 19 homicides au total depuis le début de l’année 2013.

Nous trouvons inacceptable cette montée de violence nationaliste et la propagation des discours de haine. Pour mieux comprendre ce drame, Penser la Russie relate des points de vue alternatifs sur ce qui s’est passé à Biriouliovo qui, bien que authentiques et réels, sont aujourd’hui complètement absents des médias français : ceux des nationalistes qui jubilent, ceux des libéraux qui font référence aux pogroms anti-juifs de la première moitié du XXe siècle, celui de Poutine qui traite les nationalistes de « cons » ou de « provocateurs », et ceux des média contrôlés par l’État qui participent avec les forces de l’ordre à la chasse aux immigrés.

Nous publions la traduction d’un appel aux pogroms d’un site nationaliste Spoutnik & Pogrom – un média ultra-glamour, décoré de photos bling-bling de Pinochet et prônant les règles de vie de l’illustre « docteur Goebbels » dans les meilleures traditions du magazine américain pour hommes Esquire – qui connaît un grand succès même parmi les libéraux. Nous avons également traduit une synthèse de l’article d’Andreï Lochak « Code : haine » publié dans la revue électronique indépendante colta.ru où l’auteur réfléchit sur la montée de xénophobie et y voit un dérapage dans l’évolution du mouvement de protestation en Russie. Nous mettons à la disposition des lecteurs l’interprétation du slogan « La Russie aux Russes » faite par Vladimir Poutine qui se considère comme un nationaliste russe mais qui montre sa plus forte crainte au sujet de la montée en puissance du mouvement nationaliste : le risque de voir la Russie divisée. Nous publions également des extraits d’un article d’Oleg Kachine « 14 mots sur la Marche russe » écrit à l’occasion de la manifestation annuelle des nationalistes, où l’auteur donne un point de vue conservateur et observe une certaine complicité du pouvoir et des libéraux de l’opposition qui, selon l’auteur, considèrent que les nationalistes sont inadmissible sur l’échiquier politique russe. La position du pouvoir officieux, les médias contrôlés par l’État, est toute autre : ils sont plutôt du côté des nationalistes et justifient la xénophobie populaire. La preuve : le radio Vesti-FM avait lancé une campagne participative de collecte d’information sur les endroits à forte concentration d’immigrés illégaux, qui a suscité un vif intérêt chez les auditeurs et une forte réaction négative parmi les défenseurs des droits de l’homme : Human Rights Watch estime que ce projet est une invitation explicite à la violence.

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